Jacques Habegger

              

                                                       

 

Jacques Habegger est né à Clermont-Ferrand  le 14 septembre 1932 d’un père suisse, bourgeois de Trub, et aussi de Bâle par les mérites d’un grand-père d’« exception », et d’une mère française qui lui donna la citoyenneté de Saint-Bonnet-près-Riom dans le Massif Central, dont il conserve encore une trace du sympathique accent. Il vivra sa scolarité en partie en Suisse, où sa mère restera après la séparation de ses parents, et en partie en France sous le régime du maréchal Pétain, précisément à Vichy, siège du gouvernement. Son père, lui aussi double national, y agit sous le couvert comme agent du Deuxième Bureau. Il travaille donc dans l’ombre comme agent secret au service de la Résistance et des Alliés. Les bonnes relations apparentes avec les représentants de la Wehrmacht, facilitées par les compétences linguistiques, s’interrompent  en juillet 1943 quand son père reçoit d’un officier allemand ami,  juste à temps, l’information qu’il a été repéré par la Gestapo. D’une minute à l’autre, Jacques Habegger devient Jacques Robert. D’un ami à l’autre et d’un domicile provisoire à l’autre, par trains de troisième classe et à bicyclettes, le père et son fils se rendent à Chamonix où pendant deux mois ils bénéficient de l’accueil d’une autre famille binationale franco-suisse, les Balmat, guides de montagne et hôteliers, qui les logent dans un chalet isolé sur la route d’Argentière. Mais un jour, alors que son père était chez un voisin, une belle voiture s’arrête vers le chalet et un monsieur en manteau de cuir noir demande à voir Monsieur Robert. Jacques tout surpris répond : « Monsieur Robert, il est au premier étage » …où logeait par bonheur un Monsieur Robert « Dupont ». Pendant que le « monsieur » se rend au deuxième étage, Jacques prend ses jambes à son cou et file avertir son père. Il faut se réfugier en Suisse sans délai.

 

Un parcours mémorable…

 

A 6 heures du matin, avec Charles Balmat comme guide, un descendant lointain de Jacques Balmat qui fit le 8 août 1786 la première ascension du Mont Blanc, ils choisissent un chemin où le risque d’être contrôlé est minime. Equipés de piolets et de crampons à glace, ils remontent les glaciers d’Argentière et du Chardonnet  pour atteindre le col du même nom à 3200 m d’altitude. Balmat les accompagne encore sur la descente extrêmement raide jusqu’au plan du glacier de Saleina. De là, c’est sans guide qu’ils franchissent la Fenêtre de Saleina à 3260 m pour atteindre le plateau du Trient où deux soldats suisses bonasses leur demandent leurs passeports et les laissent tranquillement filer vers la vallée, sans en avertir leur officier qui se prélasse  à la cabane du Trient. Ils descendent le glacier d’Orny, passent devant la cabane du même nom, alors très primitive, et atteignent Orsières où un paysan leur offre le gîte sur son tas de foin. Il est neuf heures du soir. Ils sont harassés mais libres.

Le destin n’a pas fini son œuvre…

 

Père et fils se retrouvent à Bâle ensemble pendant moins d’une année. Appelé par le sens du devoir et les agents de la  Résistance, Alfred, son père, retourne clandestinement en France en 1944 pour aider à préparer le débarquement, laissant Jacques seul à l’orphelinat des Bourgeois de Bâle. Il y passera une adolescence relativement calme, bénéficiant d’une éducation presque militaire mais juste, dont il reconnaît encore maintenant les mérites.

 

Jean-Pierre Barras