Petite fenêtre ouverte sur la vie de Simone Fetzer-Dupasquier, une vie de passionnée de musique, d’art … et d’histoire

 

Que faire quand le destin vous a fait naître femme, fille d’un catholique plutôt anticlérical et d’une mère protestante dans un pays alors sous l’emprise étouffante du catholicisme tout puissant, si bien que même la maîtresse d’école n’hésite pas à vous  manifester son hostilité ? Chercher un refuge, qui pour Simone fut la musique. Celle-ci l’occupa ensuite toute sa vie dès l’âge de huit ans où elle suit ses premiers cours de piano. L’école terminée, elle obtient une place d’apprentissage comme coiffeuse d’art, c’est-à-dire coiffeuse pour le théâtre et les spectacles, à Lausanne. Cela lui donne l’occasion de rencontrer M. Serre, pianiste à Radio Lausanne, qui l’aide à améliorer sa formation de pianiste. C’est par la musique, et après avoir un peu bourlingué dans le monde, qu’elle rencontre son futur mari, lui aussi tombé dans la marmite musicale dès la naissance et qui ne les quittera jamais, ni la musique ni sa chère épouse. À Soleure, celui-ci est le responsable de la filiale locale de Musique Hug, une firme qui existe encore, plus à Soleure mais entre autre à Berne ou Zurich.

 

Le disque, du zénith à la presque disparition

Dans les années 70, c’est le boom de l’industrie du disque, le « 33-tours » surtout. Hug-Soleure occupe trois employés à plein temps et deux apprenties. Les bons jours, la filiale vend jusqu’à 50 de ces 33-tours LD à plus de trente francs pièce, et en période de Noël bien plus encore. Simone commence par aider son mari puis progressivement est intégrée à l’équipe comme responsable du domaine classique. Elle s’y est préparée avec soin, élargissant ses connaissances constamment si bien que celles-ci en sont devenues encyclopédiques. Pour les clients, souvent très exigeants, elle se met en quatre, cherche les perles rares à Paris ou même aux États-Unis, avec l’aide de correspondants quand les firmes elles-mêmes renâclent. Mais bientôt le ciel commercial du disque s’assombrit. Dès 1980 apparait le disque compact CD qui, en dix ans, va remplacer complètement le « vinyle » pour être lui-même substitué progressivement par la musique sur support électronique, d’abord par l’iPod, puis par toutes les variantes que nous connaissons maintenant sur les ordinateurs et les portables. En 30 ans, de 1980 à 2010, le commerce du disque autrefois si florissant était moribond.

 

De la passion de la musiqueà la passion de l’histoire

Comme son mari avait cessé son activité, Simone se réoriente et se fait engager d’abord comme surveillante au musée de l’Ancien Arsenal. Elle ne se contentera pas longtemps de cette fonction mais saisit l’occasion pour perfectionner son allemand et passer à la réception. Puis elle se met à traduire en français la documentation du musée et tout naturellement prend la fonction de guide francophone de l’institution, fonction qu’elle exerça jusqu’en 2003. Comme avec la musique, elle cherche à atteindre une certaine perfection. Elle approfondit ses connaissances de l’histoire suisse, qui à cette époque était représentée de manière chronologique dans le musée, soutenue par des objets qui, en partie, ne sont plus exposés constamment, notamment les costumes militaires. L’histoire, qui est aussi la passion de son cousin Gérard Miège, un autodidacte comme elle, devient sa deuxième passion après la musique qu’elle n’a jamais abandonnée.

 

Être une miraculée donne goûtà la vie

Il y a quelques années, Simone a dû subir une exceptionnelle opération de chirurgie vasculaire où une part importante de l’aorte fut remplacée. De cette intervention qui a duré treize heures, elle se réveilla dans un état de paralysie partielle des quatre membres. Ce n’est que grâce à une persévérance et une volonté sans faille et l’aide, notamment, de physiothérapeutes et d’ergothérapeutes qu’elle a retrouvé une totale autonomie. Cette miraculée, comme l’ont dit ses médecins, peut à nouveau courir les concerts et les expositions, suivre certains cours de l’Université des Aînés à Berne, nous rencontrer dans le cadre de notre société. Un bel exemple pour nous : la passion et la persévérance peuvent « renverser les montagnes ».

 

Jean-Pierre Barras