Nicolas Steinmann, jeudi 27 avril 2017

« Le tunnel de base du Gothard, défis et solutions »

 

Pas de doute, le monde a changé : alors qu'au Moyen-Âge les Suisses dits primitifs, confrontés avec la mise en place du chemin muletier du Gothard, avaient vaincu le difficile passage des  Schöllenen en s'adjoignant l'aide du Diable, tout en le privant au dernier moment de sa paye pour tenir leur budget, les Suisses modernes ont perfectionné la planification à l'extrême, construisent un tunnel à deux portes en utilisant cinq points d'entrée, pour contourner indirectement des foules d'oppositions légales et gagner du temps, s'épargnent de pleurer pour la Piora, et réussissent même à tenir aussi bien les délais que le budget sans frustrer un quelconque diablotin !

C'est ainsi que fut mis en place un nouveau mythe, qui ne fera pas disparaître tout à fait celui du Pont du Diable, ni la somme de sueur, de sang et de souffrances supportée par les ouvriers de l'ingénieur Louis Favre entre 1872 et 1882 pour réaliser les 15 km du tunnel ferroviaire appelé maintenant tunnel de faîte.

 

C'est aussi un ingénieur, spécialisé lui-même dans les courants électriques, Nicolas Steinmann, qui a participé personnellement aussi bien à la phase de planification qu'à celle de la réalisation, qui pendant presque deux heures a tenu en haleine un public fasciné par nombre d'aspects peu connus de cette œuvre pharaonique de 25 ans et plus de 50 km. Il nous a notamment montré que même dans le cadre d'une planification poussée à la perfection subsistent des opportunités pour les pionniers qui vont réussir à intégrer les nouvelles technologies même pas connues lors de la phase initiale, qui vont toujours mieux tenir compte des suites environnementales, qui vont réussir à produire de l'énergie avec les eaux d'écoulement... Intéressant aussi, mais pas évoqué formellement, de voir que la technologie du train continue à avoir un avenir au 21ème siècle, alors qu’il s’agit d’une technologie de la deuxième partie du 19ème siècle.

Merci Nicolas Steinmann. Vous nous avez montré des trésors qui avaient déjà fait briller vos propres yeux... et pour une fois nous avions de bonnes raisons d'être fiers d'être Suisses.

Jean-Pierre Barras