Trésors de notre langue

En 1939, Fernandel chantait « Félicie aussi » :

« Elle arrivait de Bourgogne et moi en taxi .... elle prit un pied d’cochon grillé et pendant qu’elle mangeait le sien, j’lui fis du pied avec le mien ... j’pris un homard sauce tomates, il avait du poil aux pattes, Félicie aussi ..., sous l’armoire y avait une cale car elle était toute bancale, Félicie aussi ». Le parolier de cette chanson usait là de ZEUGMAS, le zeugme étant unefigure de style qui consiste à rattacher à un même mot deux termes sans aucun rapport l’un avec l’autre.

 

Exemples de zeugmas :

  • J’avais le rouge au front et l’savon à la main. (Jacques Brel)
  • Prenant son courage et son caleçon à deux mains.
  • Le restaurant est plein et le patron aussi.
  • L’oncle Jules leva les bras au ciel et le derrière de sa chaise. (Marcel Pagnol)
  • Veuillez me passer l’expression en même temps que la salière.
  • Elle fait de la philosophie et des tentatives de suicide. (Tchekhov)
  • Mieux vaut s’enfoncer dans la nuit qu’un clou dans la fesse. (Alphonse Allais)
  • J’ai embrassé une carrière médicale et la bouche de ma femme.
  • Répondre de ses actes et au courrier.
  • Il caressait un projet de voyage et le genou de sa secrétaire.
  • Observer le silence et le corsage de sa voisine.
  • Il porte un lourd fardeau et la barbe.
  • Laisse-moi au gré du courant porter dans le lit du torrent, et dans le mien si tu veux bien. (Gainsbourg)

 

Il existe même des zeugmas doubles :

« Après avoir sauté sa belle-sœur et le repas de midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane. » (Pierre Desproges)

 

Jean-François Ducaud