Le génie d’un „peuple“

En ces temps où d’une part tout porte à douter de notre propre nation et d’autre part un certain parti aspirant au leadership national continue à crier haut et fort qu’il n’y en a point comme nous, il parait naturel de se demander ce qui fait le génie d’un peuple. La Suisse, multiculturelle presque dès sa naissance, mais aussi par les apports d’une migration d’ origines  diverses peut en théorie puiser dans une sorte de soupe aux génies pour en distiller le sien propre  à la mode du vingt et unième siècle, même si les traits profonds du caractère défient le temps.

Quelle est l’essence de la « romandicité » en tant que composante propre de l’esprit suisse ? L’opinion publique alémanique nous associe, comme qualité à la Janus, la légèreté. Non pas celle qui ferait de nous des êtres irresponsables, mais plutôt cette aptitude à ne pas dramatiser inutilement, souvent aussi ce comportement qui nous pousse à ne pas exécuter très scrupuleusement les ordres qui ne nous convainquent pas, à considérer le péché véniel plus comme un petit plaisir que comme une faute. Les récits en patois que je lis depuis quelques mois, les inoubliables scènes du « Quart d’heure vaudois » se délectent de situations semblables où le rire autant que le verre de vin contribuent à la santé morale et physique.

Le génie helvétique du vingt et unième siècle réunit la Gründlichkeit germanique à l’Italianita si bien représentée par les Secundi, un peu moins par les Tessinois, à la solidité montagnarde des Grisons, à notre légèreté si bienfaisante. Que prendrons-nous à long terme des Slaves du sud  fortement présents dans nos populations, des Tamils qui depuis longtemps peuplent les cuisines de nos restaurants, des Ibériques ou des ressortissants du grand canton du nord ?

Le mélange représente des avantages pas seulement en génétique mais aussi en psychohygiène des peuples. Sans exagérer, nous pourrions peut-être vraiment faire parti des « meilleurs », mais seulement si nous sommes capables d’intégrer les richesses non-matérielles de nos migrants,  non pas en favorisant l’établissement ou l’activité des individus qui soustraient à leur nation leurs richesses et encore moins en voulant soumettre les migrants à un lavage de cerveau qui ferait de noirs des êtres à peau blanche.

Le moujèri