Les valeurs universelles : le respect de la création.

Μακάριοι οι πραεις, οτι αυτοι κληρομονομησουσιν την γην

Heureux les doux, car ils possèderont la terre (Matthieu, V, 5)

अहिंसा ahimsā

Parler de valeur est un acte difficile, car les avis à ce sujet divergent fondamentalement selon notre éducation, notre culture, notre éthique, notre situation personnelle. Un représentant polémiste de la communauté islamique suisse s’est permis récemment d’affirmer que la lapidation est une valeur de l’islam, provoquant le tollé de presque chacun d’entre nous.

Comment peut-on définir les valeurs universelles? Certaines institutions se sont permis de le faire, sans trop se demander si leur universalité n’était pas le résultat d’un choix pour le moins subjectif des penseurs réunis pour en faire la liste. La déclaration universelle des droits de l’homme en constitue un exemple. L’influence prépondérante de la pensée occidentale du vingtième siècle y est manifeste. Une méthode possible pour approcher les valeurs dites universelles est la comparaison des préceptes des grands courants de pensée au cours de millénaires historiques, tout comme d’ailleurs certains aspects de la tradition orale des peuples dits primitifs n’ayant pas eu recours à l’écriture.

Un des comportements admirables des animaux, mais aussi des peuples dits primitifs, est le respect des structures et des êtres qui les nourrissent, l’usage modéré de ceux-ci jusqu’au point où la survie des espèces ou des espaces exploités est assurée, aussi pour les années ou les générations futures. Le monde moderne occidental a donné à ce principe le nom d’écologie, science de l’habitat au sens étymologique du terme. Ce principe représente à ne pas en douter une valeur que l’on peut à juste titre qualifier d’universelle. Je viens d’évoquer plus haut l’observation de ce principe par les peuples dits primitifs, même par les animaux. Le bouddhisme connaît cette notion sous le terme sanscrit d’« ahimsā », une définition négative du comportement adéquat par « renoncement à la violence », non pas au sens du combat, mais au sens général de « ne pas blesser ». Notre tradition chrétienne connaît aussi cette même notion, même si les affres de la traduction nous empêchent presque d’en découvrir le sens. J’ai cité ci-dessus cette paroles des béatitudes au chapitre V de l’évangile de saint Matthieu, traduites de l’araméen en grec et en français, qui dans mon interprétation personnelle, a la même signification : heureux ceux qui renoncent à la violence, car ils recevront la terre en héritage.

L’observation critique de notre société du début du vingt et unième siècle fait à ce sujet bien peur, pour ne pas dire horreur. Nulle société  n’a jusqu’ici exploité à si court terme autant son environnement, les richesses du sol ou de la mer, n’a produit autant de toxiques ou de déchets nucléaires représentant un danger pour un nombre presque inimaginable de générations futures. L’égoïsme est devenu la valeur numéro un de notre société : la Suisse en tant que pays doit surtout rester seule car nous avons un meilleur niveau que les autres, le SUV 4x4 me protège mieux, que m’ importe-t-il  qu’il mette en danger les autres usagers de la voie publique et qu’il pollue bien plus que la moyenne, mes placements ont le meilleur rendement possible, qu’importe si les sociétés sur lesquelles ils reposent exploitent les travailleurs d’ici ou d’ailleurs,  les mines clandestines de l’est du Congo, les forages offshore qui polluent sans vergogne le golfe du Mexique.

Nous avons tous besoin de repenser le présent et le futur dans la conscience de l’ahimsa ou des béatitudes, faute de quoi nous resterons dans l’histoire de l’humanité comme une génération de l’autodestruction, comme celle d’un déclin généré par l’usage égoïste d’un savoir prétentieusement déclaré comme supérieur à celui des primitifs.

Le moujéri