De si belles expressions… de si manifestes contradictions

« tota balla“

„als sie merkten, dass sie gesegnetes Leibes war“

„sie hat es unter dem Herzen“

Dans la langue de mes ancêtres, qui est encore un peu la mienne, mais si peu, la femme enceinte est désignée comme « la toute belle ». L’allemand a aussi de très touchantes expressions pour désigner cet état : « sie ist gesegnetes Leibes », « sie hat es unter dem Herzen »…Quelles magnifiques descriptions de cet état d’écoute que l’on peut observer parfois dans les lieux publics où les futures mères semblent souvent en dialogue silencieux avec leur enfant d’une telle intensité qu’elles en oublient tout le reste.

La réalité actuelle de ce deuxième être, la bénédiction que représente sa présence, sont sujettes dans notre société à de nombreuses interprétations qui varient non seulement selon des principes ou des valeurs éthiques ou morales mais bien souvent selon l’opportunité de sa présence ou de sa survenue, ou même selon sa qualité supposée. Depuis quelques années en effet, avec les progrès techniques des examens par ultrasons ou d’autres méthodes biologiques, la survie de l’embryon peut aussi dépendre de la « normalité » physique de l’enfant à naître. Dans la jurisprudence des expertises médicales, un obstétricien peut être menacé de condamnation à une lourde peine financière s’il a méconnu une malformation qui eût « justifié » l’élimination précoce de cet être anormal, donc intolérable.

A l’autre extrémité de la vie terrestre s’opposent aussi deux tendances contradictoires. D’un côté on observe le refus de la mort en tant qu’événement inévitable de la vie, refus qui est souvent le fait de la famille du mourant plus que celui de la personne concernée elle-même. Dans cette situation, la personne gravement malade est souvent mise sous forte pression par ses proches pour se soumettre à une mesure médicale discutable, ou même pénible, de prolongation supposée de la vie. De l’autre se développe une tendance, semble-t-il acceptée par une majorité de nos concitoyens, qui voudrait non seulement légaliser la mort assistée, mais de plus déléguer à ceux qui ont pour mission de rendre la vie plus vivable le devoir d’accélérer la survenue de la mort. Là aussi la famille et les proches pourront à l’avenir mettre le malade sous pression non seulement pour qu’il abrège sa propre souffrance mais aussi pour qu’il abrège ce devoir parfois psychologiquement pesant d’accompagnement  du  mourant dans sa préparation du passage, de mettre les choses en ordre, de se dire ce que l’on avait évité de se dire pendant des années, d’être confronté indirectement à sa propre finitude physique.

Loin de moi la prétention de résoudre tous les problèmes que sous-tendent ces contradictions. Mais il y aurait lieu pour notre société de réaliser que la maternité rend toute belle, qu’elle peut être une bénédiction. La vie reste une valeur absolue et la désintégration de l’enveloppe physique en fait intégralement partie. Il peut même y avoir une belle mort, sans qu’elle soit médicalement assistée, mais seulement digne et vécue dans la solidarité des proches. Là aussi, comme pour la femme enceinte, des conversations silencieuses peuvent être extrêmement précieuses.

Le moujéri.