Ce monde financier virtuel où nous sommes tous complices

Désormais, pour s’enrichir on ne produit des biens que si l’on n’est pas assez intelligent ou pas assez favorisé par le destin pour atteindre le même but sans effort : par la spéculation.

La spéculation se déroule sans la moindre larme puisque le spéculateur ne fait que déplacer des sommes virtuelles d’un fonds à l’autre, d’une monnaie à une autre, anticipe une hausse ou une baisse. Dans le fonds l’adulte spéculateur  joue de la même manière que son fils préadolescent manipule les armées ou les héros agressifs hypersophistiqués de ses jeux vidéo et atteint un haut score en ayant éliminé un nombre maximal d’ennemis aux contours plus ou moins anthropomorphes. Le spéculateur, qui travaille certains jours pour vous et moi, ne voit pas derrière ses chiffres ou performances la moindre personne. Il ne blesse jamais directement même si ses activités amènent indirectement à l’appauvrissement de peuples entiers dont de grandes multinationales pillent, avec l’appui de quelques dirigeants corrompus, les richesses minières, même si ses activités conduisent à des licenciements massifs, à des délocalisations brutales qui nous concernent directement ou concernent nos amis d’Espagne ou du Portugal par exemple. Le capitalisme exige que tout croisse, exige que la finance stimule l’économie en la rendant soit disant plus efficace. Il s’agit là d’effets positifs avec de « négligeables dommages collatéraux » comme le diraient les militaires américains qui pilotent à des milliers de kilomètres de distance les drones prédateurs qui enlèvent la vie à quelque terroriste afghan et par dommage collatéral à quelques inconnus habitants du village où il n’est peut-être que de passage. A en croire nos banquiers et une part non négligeable de leurs appuis politiques, il faudrait encore favoriser leur activité en soumettant le moins possible leurs bénéfices à une quelconque taxe, leur laisser quelques lacunes juridiques qui leur permettent de soustraire la fortune à l’impôt sans que cela soit « vraiment » illégal,  que dis-je les sauver quand des erreurs majeures dans ce système sans foi mais avec les plus iniques des lois les ont amenés au bord du gouffre. Le système est à ce point vicieux qu’il est  possible de gagner à court terme en pariant sur l’impéritie de certains gouvernements comme cela se passe actuellement avec la Grèce et d’autres pays européens.

Par nos comptes en banque, nous sommes tous devenus des êtres abstraits, désincarnés, virtuels, destinés à être tondus si ce n’est éliminés sans le moindre sentiment, mais aussi des complices de toutes sortes d’actes immoraux dans leur nature profonde. Lorsqu’on évoque de telles réflexions auprès de membres du milieu bancaire, ils justifient leur comportement par le fait que  les banquiers suisses seraient plus moralement immoraux que les autres, et surtout que si nous ne le faisions pas, d’autres le feraient à notre place !  Les holocaustes du vingt et unième siècle peuvent se faire sans la moindre goutte de sang, seulement avec une quantité énorme de larmes secrètement versées, mais celles-ci ne tachent pas, et les ordinateurs ne crient pas.

Heureusement pour ma propre conscience que je manque manifestement d’intelligence et n’ai pas été vraiment favorisé par le destin.

Mais qu’en est-il de l’histoire de l’écharde et de la poutre?

Le moujéri