Notre relation à la terre

Il existe différents aspects de la relation à la terre. L’un d’entre eux est la relation à la terre de notre naissance. Nombre d’entre nous ont quitté cette terre de leurs parents plus ou moins définitivement, mais gardent avec leur ville, leur village ou même leur pays de naissance une profonde relation affective.

J’aimerais ici parler d’une autre relation qui est encore plus fondamentale, celle de la relation à la terre en tant que nourrice de l’humanité. Pour nombres de peuplades elle est une importante divinité, la divinité femelle originelle. On dit même que les bottes traditionnelles des Mongols ont une pointe relevée pour éviter de la léser en marchant.  L’homme moderne est en train de perdre complètement cette relation : les éléments nutritifs proviennent pour lui du supermarché et il va même réagir négativement si les légumes n’ont pas été parfaitement lavés avant de lui être proposés sur l’étal. Les privilégiés parmi nous qui n’habitent pas ou plus de grands immeubles, ont peut-être encore un coin de jardin où ils peuvent à l’occasion se salir les mains, ou au pire les gants, et garder ainsi une petite relation symbolique avec cet être qui reste la condition de notre survie physique pendant notre existence animale terrestre.

Même si par certains aspects le romantisme allemand peut faire peur, il a chanté la nécessité de garder des racines dans la glèbe, dans la relation à la forêt, jusqu’ il y a peu seul fournisseur de la chaleur de l’âtre et élément important des constructions humaines. La forêt, c’est le refuge des êtres de « dessous » avec lesquels nous avons perdu le moyen de communiquer, mais aussi les arbres, refuges des êtres de « dessus » qui volent, alors que les hommes, pendant des milliers d’années jusqu’ au début du vingtième siècle historique, n’en étaient pas capables. La terre, c’est aussi le sillon que l’homme trace « à la sueur de son front », mais qui lui rend bien plus qu’il ne lui a donné. Il y a dans ces images qui paraissent surannées une force que les images hyper technologiques des contes inter spatiaux modernes ne peuvent remplacer, même si ces nouvelles visions de l’humain dépassant le cadre terrestre montrent si nécessaire que chaque génération ne pense que dans les catégories qui lui sont propres, peut-être même dans les catégories que lui imposent les médias dans leur omniprésence. Qui en effet eût pensé aux voyages interplanétaires, si ce n’est Jules Vernes, avant que l’homme n’eût pu imiter l’oiseau sur sa propre planète?

Il n’en reste pas moins que pour garder un bon équilibre, il vaudrait mieux que l’homme moderne ne perde pas l’habitude de se salir les mains, faute de quoi il est symboliquement déraciné.

Le moujéri