Noël, fête brillante de sens

Noël marque pour nous chrétiens la fête qui devrait nous rendre conscients que Celui que nous reconnaissons comme notre dieu a choisi de prendre et d’expérimenter notre condition humaine terrestre dans ses aspects les plus humbles. Du point de vue religieux, cet acte d’incarnation sous la forme humaine, et non l’intelligence dont nous nous attribuons probablement à tort l’exclusivité, donne une valeur toute particulière à notre espèce en tant que variante du monde animal, dont nous ne nous distinguons pas vraiment  par notre seul corps.

Même si l’on ignore ces aspects en partie théologiques, Noël a depuis des siècles un pouvoir tout particulier, même sur les non-chrétiens. Cette fête est devenue celle de la rencontre, du renoncement  à la violence armée au moins momentané, celle des retrouvailles, de l’ouverture à l’autre. Le texte biblique fait allusion à un astre qui ce jour-là brillait d’une manière particulière. L’astre a disparu mais la fête garde cette luminosité qui pour quelques instants fugaces fascine presque tous les terriens.

Un autre aspect fascinant de Noël, même s’il n’est pas primairement évident, est l’importance donnée à l’être pour lui-même, en indépendance totale de son pouvoir temporel, en contradiction absolue avec l’attente du peuple juif, qui espérait un Messie sous forme d’un roi puissant, libérant par ses armées un peuple privé depuis des siècles de toute indépendance. Les phénomènes supranaturels tels que l’apparition de l’astre, l’appel silencieux mais tellement audible au peuple des bergers et aux rois de tous les continents connus ne surviennent que pour un être dépourvu apparemment de toute force en dehors de sa seule présence au genre humain.

Notre fête de Noël prend de plus en plus l’aspect non pas d’une fête de l’Etre mais d’une fête de l’Avoir. Elle est devenue l’occasion de donner et de recevoir, non pas du sens ou du moins trop peu, mais des biens. Qui s’étonne que dans notre société les trois cents plus riches soient bien plus dignes d’être l’objet d’articles entiers de journaux ou même de tout le contenu de revues hebdomadaires que les trois cents plus sages, dont d’ailleurs personne ne saurait faire la liste? Nombre de Suisses ont même poussé le paradoxe à croire plus fermement à l’un des trois cents plus riches, supposé aussi être sage, preuve en est qu’il a su accumuler tant de richesses, plutôt qu’au petit enfant et géant de l’Être.

Les maladies graves, phénomènes souvent ressentis comme injustes et injustifiables, ont un pouvoir paradoxal sur beaucoup d’humains concernés. Elles  remettent en place  en quelques instants l’ordre des valeurs. Être, vivre le présent,  devient tout à coup prioritaire et toutes les préoccupations de l’Avoir plus que des détails du décor.

Puisse chacun d’entre nous prendre plaisir à l’Être en oubliant un peu les soucis de l’Avoir, c’est-à-dire aussi sans se stresser pour les cadeaux. Noël va alors briller d’autant plus et d’autant mieux, comme l’astre que nous ne sommes plus capables de voir.

Le moujéri