La sagesse oblige…

L'acuité d'un problème rend la solution de celui-ci plus difficile, surtout s'il s'y ajoute une composante émotionnelle importante. C'est exactement la situation que nous vivons actuellement en Europe avec les nouveaux migrants, ces migrants collectifs, alors que nous, la plupart des membres de notre Cercle, ont été des migrants individuels n'ayant pour le plus grand nombre migré que de quelques dizaines de kilomètres pour des raisons, ô horreur, majoritairement économiques, plus rarement surtout sentimentales. Cette composante émotionnelle, par nature un peu irrationnelle, a  de plus « l'avantage » de pouvoir facilement être exploitée à court terme à des fins électoralistes.

La politique semblant être un tabou de l'histoire du Cercle, suite aux tensions internes qu'avaient provoquées la question jurassienne, je ne vais pas ouvrir le débat de fond des migrations, un problème au demeurant récurrent dans l'histoire, mais simplement ouvrir une petite fenêtre, comme celles d'un calendrier de l'Avent, au contenu étonnant et qui montre que l'on peut rester émotionnel tout en analysant subtilement un problème.

Nos « sept sages » ne brillent malheureusement pas toujours par leur sagesse et l'opinion que l'on a de l'un ou l'autre peut varier aussi bien entre nous qu'au cours du temps. L'un de ces sages à la retraite, méprisé officiellement par les cadors de son propre camp politique au point d'avoir été étiqueté de demi-conseillé fédéral, a récemment donné une courte interview à la radio. Alors que le journaliste lui posait une question sur son opinion politique quant au problème des migrants, il a tout simplement répondu : « Voyez-vous, je me demandais l'autre jour avec mon épouse... Comment réagirions-nous si demain une veuve avec deux enfants en bas âge venait frapper à notre porte et demandait à être accueillie pour quelques temps. Pour nous, chrétiens, ce serait Noël ce jour-là. »

Avec cette phrase éclatante de symbole, et même s'il n'a pas donné de réponse claire à sa propre question, il a ouvert le problème à sa vraie dimension morale, sentimentale et actuelle. Il a indirectement dit que ce n'est pas une législation, même mise en œuvre en urgence, qui nous épargnera de répondre à la question si vraiment nous acceptons, et non seulement pour nous-mêmes, qu'en tant qu'humains, nous avons tous fondamentalement la même valeur.

Il a été l'un de nos sept sages et je tends à penser qu'il mérite amplement cette appellation.

Le moujéri