Le matérialisme libéral a tué le matérialisme communiste...

Un nihilisme en chasse un autre... et nourrit l'extrémisme religieux

Une grande partie du vingtième siècle a été fortement agitée par la montée et l'expansion de l'idéologie communiste qui ne comportait de loin pas que des aspects sociaux mais aussi une idéologie de base fondée sur le matérialisme comme ersatz non avoué mais réel de la religion. L'homme est alors au centre d'un monde uniquement matériel qu'il domine et utilise à son profit pour un bon- heur immédiat et limité à l'existence physique. La traduction politico-écono- mique de cette nouvelle croyance a mis un peu moins d'un siècle à prouver ses insuffisances et même les grandes nations comme la Chine, qui encore aujour- d'hui se targuent d'avoir cette pensée politique comme base idéologique, ont dans l'intervalle adopté une forme apparemment plus subtile du matérialisme que nous a apportée le libéralisme économique.

Là aussi l'exploitation immédiate des ressources au profit d'une partie limitée des acteurs économiques est admise comme légitime. L'homme est, comme dans le communisme, un instrument de travail qui jouit peut-être, et plutôt sé- lectivement, d'un respect de sa personne, et comme dans le communisme d'autre fois, un réel matérialisme de société domine les activités collectives. Les Etats totalitaires communistes ont été remplacés par les multinationales sou- vent financièrement plus fortes que les États. Et ces multinationales ont une dynamique interne propre dictée prioritairement, pour ne pas dire uniquement, par les intérêts financiers à court terme d'un nombre limité d'individus anonymi- sés auxquels, que nous le voulions ou pas, nombre d'entre nous participent par leurs placements bancaires, par l'intermédiaire de leur caisse de pension et autres. En grande partie soit grâce à leur force, soit grâce à leur flexibilité, la multiplicité de leurs sièges et l'habileté de leurs juristes, ces multinationales ré- ussissent soit à échapper aux réglementations soit à les influencer à leur profit. Certes elles ne nous imposent pas une philosophie matérialiste, mais en fait elles nous imposent un tel modèle de comportement. La réussite économique personnelle, comme celle de ces sociétés, a atteint un statut de but suprême de la vie. Nombreuses sont les personnes qui verraient volontiers une éternité physique comme hautement souhaitable, n'ayant en réalité aucune autre pers- pective existentielle.

 

Nous avons donc progressivement, en passant au vingt et unième siècle, échangé les Etats totalitaires à idéologie matérialiste contre les multinationales mal contrôlables à comportement fondamentalement matérialiste, une oligar- chie ouverte et assumée contre une autre oligarchie aux contours flous.

 

Le pendant de ce nihilisme moderne est déjà manifeste et menaçant : c'est l'ex- trémisme religieux, quelle qu'en soit son origine.

 

Ironiquement dit : une sorte de punition divine....

 

Le moujéri