Pour ne pas être une victime, il faut favoriser les contre-pouvoirs

 

L'industrie électronique moderne facilite nombre d'actes de notre vie quotidienne mais nous expose aussi à devenir transparents à divers niveaux, à nous transformer en victimes des vendeurs globalisés. L'usage de la carte de crédit donne à la société prestataire de service un profil de l’usager : combien dépense-t-il, où, quels types de produits, etc. Les cartes Cumulus ou la SuperCard donnent aux grands distributeurs les mêmes renseignements en petit. Si en plus vous utilisez lors de vos achats chez le géant orange le système de saisie des achats, celui-ci peut savoir combien de minutes vous avez passées dans le magasin, dans quel ordre vous avez fait vos achats, et même reconstituer en gros le trajet que vous avez fait dans le point de vente. Avec l'appli des CFF, vous achetez en quelques secondes où que vous vous trouviez un billet de train. Les CFF pourront aussi après quelques mois définir votre profil d'utilisateur. Grâce aux contrôles, ils pourront aussi, du moins partiellement, savoir quel train vous avez effectivement pris pour l'aller et pour le retour. Toutes les cartes de client remplissent elles aussi les mêmes buts, tout comme l'enregistrement de données détaillées requis dans toutes sortes de concours avec d'hypothétiques prix, même quand vous remplissez la solution du mot croisé du dimanche et que vous l'envoyez dans l'espoir de gagner le séjour à l'hôtel de rêve promis au gagnant. Les cartes électroniques de santé, qui certes permettraient aux soignants une prise de connaissance rapide et complète du dossier d'une personne et pourraient en théorie éviter la répétition inutile et coûteuse de certains examens, exposent au risque déjà partiellement présent dans le passé que les assureurs-maladie puissent connaître encore mieux quelles prestations ils pourraient soumettre à des restrictions ou même, par croisement avec les cartes d'autres membres de la famille, créer des profils biologiques proches des vrais profils génétiques. Il leur serait ainsi possible de restreindre sélectivement l'accès de personnes, en particulier aux assurances complémentaires, sur la base de leurs risques potentiels.

 

Comment pouvons-nous nous libérer de cette tyrannie ? Il y a naturellement des gestes simples comme aller acheter au moins une part des produits alimentaires aux agriculteurs du coin, sur l'un de nos beaux marchés, réserver son hôtel par contact direct et non par booking.com, payer en monnaie sonnante et trébuchante, peut-être même contribuer à la mise en place d'une monnaie locale, éviter ces pièges que constituent nombre de concours-bidons.

 

Il y a en tout cas urgence à créer des contre-pouvoirs à cette industrie qui vend nos données pour mieux nous ficeler dans son réseau comme une araignée tisse le presque invisible filet qui lui permet de faire prisonnières ses victimes. Paradoxalement les mêmes personnes, qui souvent combattent l'accès de l'Etat aux données bancaires pour combattre l'évasion fiscale nuisible à la communauté, acceptent très bien cette forme de transparence ... bien plus nuisible.

 

Le moujéri