Croissance et décroissance, gauche et droite, court et long terme ...

« Le clivage entre la gauche et la droite n'a eu de sens que pendant la période où la nature n'entrait pas dans l'équation, où la justice consistait à répartir entre les hommes d'une génération, et uniquement entre eux, une richesse tirée d'une nature dont on n'apercevait pas les limites ».

La Suisse s'est presque partagée en deux quant au problème de l'avenir de nos systèmes de retraites et nul ne sait qui a vraiment eu raison, le plus probablement ni les uns ni les autres. Est-ce les traditionnels nein-sager en tous points et leurs alliés opportunistes en mal de renouvellement de leur image de vainqueurs, ou les perdants, ces tacticiens de la retraite stratégique ordonnée, associée à l'espoir qu'une certaine forme de croissance persistera ?

Même si presque personne ne veut l'admettre, le problème fondamental est beaucoup plus profond que les apparentes questions techniques associées à des dixièmes de pour-cent de TVA ou un soi-disant cadeau de 70 francs à telle ou telle génération. Nous sommes une nation en régression quant à sa natalité, régression que nous compensons partiellement par une immigration de gens jeunes et prompts à se reproduire, dans un monde dont l'évolution cyclique inévitable est en train de passer d'une phase de croissance forte au dépend d'une surexploitation des ressources planétaires à une phase de décroissance inévitable que peu sont prêts à admettre et que presque personne ne souhaite vivre vraiment.

Des solutions « radicales » (au vrai sens non-politique du mot) existent mais ne sont en aucun cas souhaitables. Ce sont par exemple une pandémie ou un conflit majeur anéantissant une proportion importante de la population d'un continent ou de la planète. La réalité moins brutale, mais tout aussi puissante, va nous forcer à trouver des modèles de vie prenant sincèrement en compte les limites réelles des ressources exploitables et également, aussi désagréable que ce soit de le dire, les limites que devraient respecter les nations et classes de populations en croissance par rapport à celles uniquement dépendantes des ressources de leur sol ou de leur sous-sol. Considérant les cycles comme des courbes sinusoïdales, nous avons très probablement atteint le point où la courbe prend une direction descendante et où nous cherchons encore pour notre société des solutions envisageant comme prémices une courbe ascendante. C'est aussi ce qui, indirectement, nous pousse à refuser de voir un conflit intergénérationnel qui ne se situe pas du tout là où les affiches propagandistes nous le représentaient. 

Le conflit de base se situe à l'intérieur de nous-mêmes, quelle que soit la génération à laquelle nous appartenons : nous devons accepter qu'après une phase de croissance vient une phase de décroissance aussi sûrement que la nuit suit le jour et que l'automne et l'hiver suivent le printemps et l'été. 

Toute stratégie, tout comportement refusant de voir cette réalité est voué à l'échec, qu'ils soient de gauche ou de droite. Qui d'entre nous est capable de penser dans cette dimension et d'en assumer les conséquences ?

Le moujéri