Les défis du Développement et de la Coopération par Denis Bugnard,

14 avril 2011

La Direction du Développement et de la Coopération (DDC) a été créée il y a 50 ans sous le nom du Service Suisse des Volontaires. L’orateur, qui a passé 40 années dans cette filière, a survolé les défis de 1970 à aujourd’hui.

Les premiers défis furent d’enseigner la bonne gouvernance, soit la présentation correcte des activités et des comptes ainsi que la transparence, surtout si le projet ne se déroule pas comme prévu. Il ne faut pas oublier l’efficacité, car il est nécessaire que les gens participent à la construction démocratique des États. Ces défis ne sont pas simples à mettre en place, surtout en Afrique.

La première mission de l’orateur fut à Madagascar où il travailla à un projet de gouvernance en télécommunications. Pas simple avec les coups d’État qui se succèdent et le pays qui passe du néocolonialisme à une idéologie copiée sur celle de la Corée du Nord. L’orateur quitta le pays en 1980, puis la DDC en 1986 car la conduite du pays et la gouvernance étaient devenues misérables. Un simple exemple : en 1970 le pays exportait 200'000 t. de riz tout en nourrissant sa population ; 10 ans plus tard le pays en importait 200'000 t. pour cause de mauvaise politique et de spoliation de la terre des paysans.

M. Bugnard fut ensuite envoyé au Mali, pays qui souffrait d’une grande sécheresse. En bons Occidentaux la DDC pensait que nous avions des connaissances à transmettre aux populations du Tiers Monde. Il fallait compenser l’assèchement des puits par captage d’eau dans la nappe phréatique, gérer une catastrophe telle que la sécheresse et organiser les transports de vivres depuis les régions nanties du globe. Et surtout aller vers des besoins réels en envoyant de l’argent pour acheter des vivres et pas des couvertures car l’hiver est chaud et les autochtones maîtrisent le tissage...

Il faut relever que bien des projets pensés dans les bureaux de Washington ou de Paris n’étaient pas faciles à réaliser sur place ! Baisser les prix de production, supprimer les subventions à l’agriculture, envoyer des armées d’experts pour analyser la situation ne sont pas les solutions adéquates pour des peuples qui ne veulent pas produire plus pour consommer plus et qui donnent beaucoup plus d’importance à la qualité de vie et à la stabilité sociale. Au lieu d’envoyer jusqu’à 350 missions d’experts par an dans un pays, ne serait-il pas mieux de rétribuer correctement les gens qui cultivent le coton et éviter que l’on ne trouve des T-shirts à 10.- sur le marché ?

Après l’Afrique, M. Bugnard passa plusieurs années au Népal et au Pakistan, un pays fragile marqué par des guerres civiles, la faillite économique, où les ethnies ont leurs propres buts comme la sécession, le rattachement à d’autres pays, sans oublier qu’une communauté islamique pure et dure n’a qu’un l’interlocuteur : Allah !

L’entrée de la Suisse aux Nations Unies fut une ouverture pour la DDC. Pour le Tiers Monde les thèmes actuels sont le changement climatique, l’eau potable, les migrations, les conflits locaux et encore et toujours l’alimentation. Il reste énormément à faire, la tendance étant à l’augmentation des besoins mais à la baisse de l’engagement des Occidentaux.

Eric de Bernardini