Un Romand aux 48èmes journées de Soleure,  janvier 2013

 

 Depuis 20 ans, je fréquente assidument le festival du film de Soleure. Je suis chaque année surpris de n’y voir que peu de membres du Cercle Romand. Moi compris, je n’en dénombre que cinq pour l’édition 2013 ! Pourtant on y voit beaucoup de films en français ou, au moins, sous-titrés. De nombreux francophones font d’ailleurs le déplacement. En plus, les Romands de Soleure sont la plupart polyglottes. Dommage ou tant pis pour eux car ce festival est un des événements phare de la ville que nous aimons.

Quelle ambiance sur le chemin des 9 salles de projection et dans les aires d’attente, les bars du Landhaus, dans la magnifique salle des colonnes avec vue sur l’Aar, de l’ancien Manège, de la salle de concerts, du Canva ! Là les gens conversent, préparent leur programme du jour, se recommandent tel ou tel film, échangent leurs impressions. Ce sont huit jours très animés. Les restaurants, surtout le Kreuz, ne désemplissent pas. On y mange à toute heure. On est vite servi car « la prochaine séance commence dans 30 minutes »…

Charles Lewinsky, membre du jury 2012, classe les films, notamment, en deux catégories : la catégorie avec vitamines et la catégorie sans vitamines. A Soleure, dit-il, on a la chance d’en rencontrer, des films riches en vitamines et qui ouvrent l’appétit.

Chaque journée, de 9 heures à 23 heures, comporte 5 à 6 blocs, ce qui donne jusqu’à 30 films au choix, sans compter que, souvent, chaque long-métrage est précédé d’un court-métrage. Pour ma part, j’ai vu, en huit jours, 34 long-métrages et probablement autant de courts-métrages (entre 3 et 20 minutes). Je ne vous cache pas qu’à la fin, j’avais les yeux en rectangle, la mémoire mélangée et l’estomac en grève de sandwiches (aliment de base du festivalier).

Heureusement, le catalogue très bien documenté permet de remettre de l’ordre à posteriori, afin de pouvoir apprécier une seconde fois, par la pensée, les moments de joie, de tristesse ou d’émotion profonde que savent parfois nous procurer certains films, grâce au sujet, aux acteurs, au cinéaste bref, à tous ceux qui contribuent à la réalisation de petits ou grands chefs-d’œuvre.

Parmi les films présentés, une demi-douzaine sont montés sur « mon » podium :

Botiza qui relate la vie de paysans des Carpates roumaines où tout se fait encore par le cheval, comme au 19e siècle,

Nach Hause, l’histoire d’un homme qui veut reconquérir sa femme et dont la maladie d’Alzheimer ne facilite pas la tâche,

Rousseaus Kinder, l’immigration, en 1941, de la famille Kilcher de Zuchwil en Alaska. Des huit enfants, trois étaient présents à la projection. Ce fut un grand moment d’émotion.

Clara und das Geheimnis der Bären, une belle légende pour l’enfance à laquelle il est bon parfois de retourner.

Je ne vous le cache pas, deux ou trois réalisations ne m’ont pas plu. On parle de cinéma radical…

Mais, heureusement, Il commandante e la cicogna, la truculente histoire comme sait les raconter Silvio Soldini, a mérité les applaudissements enthousiastes des 450 spectateurs de la salle de concerts. Ce film passera prochainement dans les salles. Courrez-y !

Enfin, le couronnement pour moi, et Verena mon épouse ne me contredira pas, c’était bien Appassionata, l’histoire véritable de la pianiste Alena Cherny qui vit en Suisse et souhaite offrir un piano à queue à l’école de musique de son village d’origine, en Ukraine, pas loin de Tchernobyl. Le voyage de ce piano se transforme en une sorte de pèlerinage émouvant sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Un film empli de douleur, de colère, d’enthousiasme et d’amour. On en sort transformé.

Albert Fahrni