Visite du musée des Beaux-Arts de Soleure :

Exposition Dessins d’Edouard Vallet

Pour notre grand plaisir, le conservateur du musée, M. Christoph Vögele, nous a conduits parmi les œuvres de cet artiste suisse romand (1876-1929), d’origine française et qui devint par affinités électives le peintre du Valais. Nous étions une trentaine de participants à recevoir les commentaires très vivants de M. Vögele, présentés selon différentes perspectives parfaitement mises en relations : la biographie du peintre, ses thèmes, sa technique et la force de son expression. Ci-dessous, quelques remarques de notre guide :

L’école des arts appliqués de Genève avec Barthélémy Men (le maître de Hodler), ainsi que des voyages en Europe à la découverte des grands maîtres et des artistes de son temps sont à la base de la formation artistique d’Edouard Vallet. De cette période précoce, datent de nombreuses œuvres d’un style plutôt académique.

L’exposition est essentiellement consacrée aux dessins qu’Edouard Vallet réalisa à la mine de plomb, au fusain, à l’encre de Chine, au pastel, à la gouache, autant de techniques qu’il mélange selon ses besoins. Nous avons aimé la sensibilité de cet artiste, la sobriété de son art chargé de sens. Les œuvres exposées représentent des portraits, des personnages dans leur environnement, des paysages, ainsi que des études et des esquisses. L’enfance douloureuse d’Edouard Vallet, après le décès de son père, a-t-elle fait de lui cet être réservé ? Il considère avec empathie et respect les gens qu’il choisit pour modèles, souvent des gens âgés notamment sa grand-mère qui l’a élevé et à laquelle il est resté très attaché, ainsi que le vieux jardinier-philosophe de son enfance, personnage « rousseauiste ». Notre guide a particulièrement attiré notre attention sur un autoportrait, daté de l903, au fusain sur papier relevé de gouache, révélant un homme jeune à la fois fort et fragile, ne se dévoilant pas complètement. Le tableau représenté sur l’affiche de l’exposition la robe rouge (1895), gouache à effet poudré sur papier chamois rappelle une influence de Degas, où la partie pour le tout, que figure cette robe suggère beaucoup plus qu’une robe, elle dit la petite fille qui la porte.

Les années valaisannes représentent la vie rude des montagnards, les gestes du travail et de la vie quotidienne, la mort aussi. Nous avons été très impressionnés par le dessin du père emmenant le cercueil de son enfant avec, à l’arrière-plan, la mère debout appuyée au chambranle. Il règne dans cette œuvre un silence et une douleur perceptibles. Il y a aussi des études fines et sensibles en quête du trait le plus pertinent, notamment de bras, de manche de chemise, de mouvements comme dans l’émouvant Homme berçant (1917) où l’absence d’enfant signifie une fois de plus la douleur.

Dans l’une des vitrines se trouvent deux huiles sur cartons toilés, peintes sur le motif, c’est-à-dire en plein air. Cette pratique pourrait avoir compromis la santé du peintre, décédé à l’âge de 53 ans.

La nature, souvent en hiver, est largement représentée. Un arbre isolé dans le paysage calme d’une campagne italienne ou dans les pierriers arides constitue un thème récurrent de l’artiste. Il peut être interprété comme la métaphore de l’être humain, reliant la terre et le ciel, le temporel et le spirituel.

Remplis d’images et d’impressions, nous avons été conviés à un apéritif, qui nous a permis de passer encore un moment sympathique d’échanges amicaux. Nous remercions sincèrement Monsieur Vögele de cette visite captivante, ainsi que Madame Eggenschwiler de s’être occupée de l’apéritif.

Denise Amstutz