Écriture et musique : les riches heures du Cercle..., 15 mai 2014

Il y a des moments privilégiés où l'émotion nous saisit progressivement et nous transporte vers un bonheur difficilement descriptible.

Le cadre : Waldegg à la tombée du jour avec les nuées sublimes de gris et de bribes de lumière sur le lointain fraichement lavé par la pluie. La silhouette zébrée du Schrattenfluh en toile de fond. Dans la salle, le doux regard du jeune Pierre Victor de Besenval trop tôt soldat et celui de Katharina Bielinska qui se dirige involontairement vers un tableau élégiaque lui rappelant sa Pologne natale.

Le sujet : l'art de l'écriture, ou ce qui fait d'un texte une œuvre qui apportera au lecteur autant de bonheur supplémentaire qu'apporte la statue en comparaison du bloc de marbre brut dont elle est issue. Claude Luezior nous illumine par quelques exemples, nous émeut par son enthousiasme, nous charme par sa gestique théâtrale, nous montre que la poésie est à la fois une création et un remède à la déprime. Cet art inutile et futile a un pouvoir enivrant, éclairant d'une lumière irisée le réel. Florence, une ville ou une femme, ou toutes les deux à la fois, avec leurs charmes visibles ou un peu cachés, leurs bijoux, leur croupe aux courbes sensuelles. Le Valais, une terre sans terre, une terre de pierres. L'amour célébré au rythme irrégulier des vers modernes. La perte de contrôle de soi, la perte de raison certes mais peut-être le gain d'une autre conscience...

Le paysage sonore : Roger Schmid fait sonner l’ébène du sublime Steinway sur des mélodies de Chopin, Debussy et du divin Mozart. La petite peinture élégiaque prend vie, le cours d'eau chante en ruisselant, les chevaux du baron frappent les durs cailloux des grands chemins entre Soleure et Versailles, les satins des marquises froufroutent au rythme des danses dont nous ne connaissons plus le nom, fussent-elles salzbourgeoises ou viennoises.

L'art de la musique fait vivre l'écriture et ses images. Les spectateurs et auditeurs sourient de béatitude. Les salons parisiens feutrés du dix-huitième siècle ne sont pas encore morts : à Waldegg ce 15 mai, le cadre, l'ambiance, l'écrivain séducteur, le musicien charmeur, les amuse-bouche, le vin et l'amitié, tout était servi.

 

Jean-Pierre Barras

 

Site internet de l'auteur : www.claudeluzior.weebly.com