Conférence Dr. Daniel Jeanmonod, 25 septembre 2014 :

« Des destructions constructives au centre du cerveau humain ».

Il descend de son vélo coiffé d’un sourire indestructible et d’un rayonnement qui semble pouvoir entrainer avec lui les moins convaincus. Et pourtant, en introduction de sa belle présentation finement vulgarisée, il avoue que, dans le cadre universitaire, il a perdu le combat contre ses collègues qui soutiennent les solutions impliquant l’implantation de stimulateurs, une variante plus risquée mais bien plus intéressante pécuniairement pour l’industrie médicale. Il en va ainsi des génies avec leurs solutions relativement simples : ils n’intéressent que peu les investisseurs.

Son domaine d’activité : les syndromes fonctionnels d’origine cérébrale comme la maladie de Parkinson, le tremblement essentiel, les douleurs fantômes, certains types de névralgies. Le cerveau, pour Jeanmonod, peut être comparé à un orchestre symphonique et ses nombreux instrumentistes : leur musique n’est belle et agréablement audible que s’ils sont bien dirigés, bien modulés. Dans le cerveau, une région assez centrale et basale, la région du thalamus, joue un grand rôle modulateur. Depuis plus de 40 ans, les neurophysiologistes savent qu’il est possible, par des destructions extrêmement ciblées dans cette zone du cerveau, d’influencer les influx générés ou interprétés par des zones cérébrales plus haut situées. C’est comme si avec votre chaine audio, vous influencez l’intensité des sons et la balance des aigus et des basses, avec votre vidéo vous influencez le mélange des couleurs. Ces destructions très ciblées peuvent maintenant être réalisées en concentrant un faisceau d’ondes par voie transcrânienne, sans aucune intervention sanglante si ce n’est quatre petit points d’ancrage provisoire d’un halo permettant de viser au millimètre prêt la cible, conformément à une planification soignée au maximum. Cette planification ne consiste pas seulement en l’acquisition d’images très exactes, mais bien plus encore dans l’évaluation clinique de chaque cas : a-t-on déjà épuisé les autre modalités plus simples de traitement, l’intensité des troubles justifie-t-elle l’usage d’une méthode tout de même complexe, le patient est-il aussi prêt à accepter un résultat qui ne sera pas toujours à la hauteur de ses attentes, etc, etc ? Pour autant que cette évaluation soit fine et la réalisation parfaite, plus de 80% des patients traités par Jeanmonod et son équipe se déclarent satisfaits et améliorés.

Restent les coûts élevés et les difficultés à convaincre les assurances-maladie de prendre en charge ce genre de traitement, à convaincre les collègues qu’à côté des méthodes de stimulation, il reste une bonne place pour les méthodes ablatives. L’enthousiasme, le sourire, la bonhomie, le savoir et l’expérience du promoteur de cette méthode ne seront pas de trop. Pour certains malades, elle reste cependant un espoir de vie de meilleure qualité.

Merci à Daniel Jeanmonod de nous avoir, avec une extrême finesse, montré à la fois certains aspects de la science médicale, mais aussi, par quelques allusions, comment fonctionne le commerce qui entoure la médecine et certaines conséquences qui en résultent.

Jean-Pierre Barras