Conférence de Pierre-André Bloch avec intermèdes musicaux de Roger Schmid :

« Interculturalité vécue – motivation de créativité ».

La magnifique salle de concert et de conférence de Waldegg a accueilli ce soir-là près de trente personnes pour entendre les réflexions de l’ancien maître de ces lieux, P.A. Bloch, sur un thème qui nous concerne tous et tous les jours, accompagné par les pièces de piano proposées par Roger Schmid. C’est au pianiste que revint l’introduction au thème de l’interculturalité par la pièce « Variations sur un thème ukrainien » du compositeur russe Dmitri Kabalevsky. P.A. Bloch commença par montrer comment sa propre carrière et certaines rencontres furent déterminantes pour susciter en sa propre personne l’enthousiasme pour l’interculturalité. Il y voit un moyen important d’intégration de forces créatrices, ceci tout en respectant les différences et les minorités, avec comme effet indirect de souligner et de combattre les dangers de toute idéologie devenant absolue. C’est déjà cet esprit qui permit, lors de réunions des différentes parties qui se sont déroulées entre autres à Waldegg, de mettre en marche le processus qui a conduit à la création du Canton du Jura. Bloch a vécu lui-même de l’intérieur l’interculturalité, commençant en petit avec les dialectes différents de ses propres parents, puis par son activité professorale en Suisse, en Allemagne et notamment à Mulhouse et Strasbourg. Ce contact prolongé avec l’Alsace et les Alsaciens a aussi suscité son activité de publiciste, en particulier en sauvant de l’anonymat, « en sauvant la dernière récolte » comme il le formule, l’œuvre poétique impressionnante de l’Alsacien André Weckmann qui a su mieux que personne faire chanter le dialecte alsacien, tout en écrivant aussi bien en français qu’en allemand littéraire. Dans la deuxième partie de sa présentation, après que Roger Schmid nous ait fait rêver sur des valses de Chopin, P.A. Bloch nous a lu avec sa voix musicale et une « prise » de dialecte bâlois quelques textes de cet auteur, comme soulevé lui-même par les ailes de la légèreté poétique, le visage resplendissant de bonheur. Auparavant il nous avait aussi démontré que l’Alsace et les Alsaciens, cette région et ces êtres déchirés par l’histoire et les empires, écartelés entre les cultures françaises et germaniques, a donné naissance à plusieurs personnages importants qui ont jeté les bases d’une communauté européenne, non pas celle axée principalement sur l’économie comme actuellement, mais plutôt celle d’un idéal permettant à tout individu de résister à tout État totalitaire selon sa conscience morale. Respectant ce principe éthique, l’individu peut alors vivre comme il le ressent sa multi-culturalité, par exemple en parlant non seulement la langue officielle mais aussi son dialecte, et par le fait de l’interculturalité avoir une autre vision du moi par le regard de l’autre. Parmi ces Alsaciens qui, par leur vision et leur comportement ont influencé leur époque et en partie directement notre conférencier, il faut citer Pierre Pflimlin, né à Mulhouse, plus tard maire de Strasbourg et l’un des artisans du rapprochement franco-allemand, le poète, cabarettiste et auteur de théâtre Germain Muller, le théologien, philosophe, musicien et médecin Albert Schweizer, ou le mime Marcel Marceau. A entendre Bloch, il reste une bonne place pour une Europe unie ouverte et tolérante, multiculturelle, où les différences ne sont pas un motif de rejet mais bien un sujet d’intérêt réciproque. Subtilement, mais sans le dire ouvertement, il nous a montré l’importance dans la dynamique européenne positive des régions et États situés « au milieu », sur les terres de Lothaire dirait un historien, qu’il s’agisse de la Belgique, du Luxembourg, de l’Alsace, de la Suisse, du Tyrol… L’interculturalité devient alors un facteur de paix, et non une cause de conflit.

Jean-Pierre Barras