Sortie au Landeron, dimanche 29 mai 2016

               

 

 

Oyez oyez gentes dames et beaux damoiseaux ! Lisez l’édifiant récit du Cercle Romand succombant au charme médiéval landeronnais !

La vieille ville Dès notre passage sous le porche de ce bourg médiéval, en longeant ses façades tranquilles roses et grises des maisons basses aux toits noirs, sa place centrale, sa fontaine au banneret, me viennent en mémoire quelques réminiscences d’une chanson de Brassens (Le Moyenâgeux) « Je suis né, même pas bâtard, avec cinq siècles de retard ». Le Moyen Âge s’est plu au Landeron et s’y est arrêté depuis un demi-millénaire.

L’Hôtel de Ville La bonne trentaine de membres présents se regroupe devant la façade gothique de ce bel immeuble, près de la silhouette métallique de Don Camillo posée sur le trottoir. Nous refermons nos parapluies et pénétrons modestement par la petite porte en plein cintre (la grande porte gothique étant réservée aux religieux accédant à la Chapelle).

Dans le bâtiment nous attendent Roland et Fabienne Spring, Pierre Rais et Martin Lehmann. Accueil très sympathique, chaleureuses paroles de bienvenue dans la magnifique Salle du Conseil, pièce maîtresse de l’édifice. Ancienne Salle de Justice aux boiseries murales en chêne finement sculptées, plafond cintré, large fenêtre à six baies inégales avec copies de vitraux armoriés, buffet Renaissance, poêle en faïence Louis XV de 1741 portant les armoiries de la ville, peintures murales fragmentaires des années 1520-30 représentant le jugement de Salomon.

Présentation du programme de la visite : Explications sur la Fondation FHVL (1980), le Musée et les Expositions permanente (Vignes et Culture) et temporaire L’habit fait le moine!

12 musées neuchâtelois participent à une expo sur le thème La silhouette masculine (re-bonjour Don Camillo!)

Rappels historiques sur la ville et ses rapports avec Soleure : Au XIIème siècle, première ville fortifiée sur le coteau, détruite par les conflits entre Comté de Neuchâtel et Évêché de Bâle. Au milieu du XVème siècle, le Comte de Neuchâtel acquiert un pré de l'abbaye de Saint-Jean pour y construire une place forte. Ce site morainique nommé landiron émergeait d'une zone marécageuse. Des liens se nouent entre la ville de Soleure et le Landeron, toutes deux farouchement catholiques (échanges commerciaux, communication par voie d’eau, alliance militaire), début d’une histoire commune riche et longue. Déjà bien avant la combourgeoisie, le domaine de l’Hôpital de Soleure était propriétaire de vignes au bord du lac de Bienne. Le 18 mars 1449, scellée de l’Alliance perpétuelle par un Traité de Combourgeoisie. En 1466, la Bourgeoisie de Soleure devient propriétaire de plusieurs parcelles de vigne au Landeron et dans d’autres localités de la région. L’Alliance est renouvelée à plusieurs reprises et le 18 mars 1999 (550ème anniversaire du Traité) est envisagé un Pacte de Jumelage, qui prendra forme officielle en janvier 2002. Durant le XVIème siècle, les deux villes combattent ensemble pour le maintien de leur foi commune contre les tentatives de Berne et de Neuchâtel de les convertir à la Réforme.

Organisation politique : Le Conseil général de 41 membres élus pour 4 ans se réunit pour légiférer, assis sur les inconfortables bancs de bois de la Salle du Conseil pour éviter les palabres. Le Conseil Communal, exécutif de cinq membres élus pour 4 ans, se réunit tous les lundis soir. Il y a 4 partis politiques: villageois, libéral-radical, PS, UDC. Divers projets de fusion avec des communes voisines ont avorté.

Visite des salles historiques du Musée : caveau, cuisine avec vaste cheminée et immense évier, four à pain, galetas à pignon, puis visite de l’exposition: orfèvrerie avec une collection religieuse et profane dans les styles renaissance et baroque (coupes, calices, ciboires, patènes, ostensoir, reliquaire, burettes, crucifix, navette à encens, hanap,...) puis des armes, casques, fusils à mèche, pistolets à percussion, sabres, couteaux de chasse, arbalètes, flèches, guisarme, armure d’Officier de la Garde pontificale.

Créée en 1506 par le pape Jules II, la garde suisse du Vatican est riche de 110 hommes et constitue donc la plus petite armée du monde. Chaque garde dispose de trois tenues - petite tenue, celles de gala et de grand gala - aux couleurs bleues et jaune de la famille du pape fondateur de la Garde. Leur béret basque (voir photo) est bien sympathique. Les manches bouffantes de velours rouge des officiers et leur casque argenté planté d’une plume d’autruche (voir autre photo) sont bien pittoresques. Uniformes de l’Armée du Salut, habits d’enfant de chœur, de bedeau, d’aumônier militaire de 14-18, médailles des Chevaliers de l’Ordre de Malte et de divers Ordres des Églises chrétiennes.

Vêtements et ornements liturgiques : Personnellement j’ai trouvé cette exposition sur les vêtements  et ornements liturgiques et religieux très intéressante. Je suis en effet le petit-neveu de l’abbé Ducaud-Bourget (prêtre catholique intégriste de la bande à Monseigneur Lefebvre), génial inventeur dans les années 40 de la mini-soutane pour mieux faire du vélo. De plus, ma patientèle comprend deux ecclésiastiques très haut situés dans la hiérarchie de l’Église catholique romaine. J’ai aussi un copain ex-garde pontifical. La haute qualité de certains vêtements liturgiques, les tissus épais brodés de fil d’or, la façon, les ornements dorsaux plus riches (le prêtre célébrait alors la messe tourné vers l’autel), les bijoux exhibent une richesse tellement ostentatoire qu’elle offre un contraste saisissant avec la bure de Pater Salvian (capucin, grand-oncle de mon épouse Edith, qui aimait tant partager notre table) ou de mon vieux copain Michel, prêtre français qui a baptisé à Soleure mes trois enfants et marié ma fille, vêtu d’une simple aube et ceint d’une croix pectorale en bois. Tous ces catholiques si différents vénèrent–ils le même Dieu ? Notre vocabulaire vestimentaire s’est également enrichi, lors de cette visite, de mots dont nous ne connaissons que très vaguement le sens (comme amict, aumusse, camail, chape, chasuble, col romain, dalmatique, étole, manipule, scapulaire, soutanette, surplis,...). Je suis persuadé que vous vous êtes précipités sur votre dictionnaire ou sur Google pour vous déniaiser en rentrant à la maison, n’est-ce pas ? Intéressante aussi la signification symbolique des couleurs selon les quatre temps de l’année liturgique ou le type de cérémonie : blanc et or pour les grandes fêtes liturgiques ; bleu pour les cérémonies mariales (Assomption) ; rouge, couleur de l’amour et du don (Rameaux, Vendredi saint, Pentecôte) ; vert  pour l’espérance, la foi et le temps Ordinaire ; violet pour la pénitence et le deuil (Avent, Carême, funérailles). Le Concile Vatican II (1962, Jean XXIII) a radicalement réformé les vêtements liturgiques et aujourd’hui, les prêtres se vêtent d’une simple chasuble dont la couleur correspond au temps liturgique ou au type de cérémonie. Dans les communautés traditionalistes, les vêtements pompeux et le latin sont cependant encore de rigueur bien que facultatifs !

Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde (Brassens)

Du côté des Réformés, les prédicateurs sont plus sobres et portent un habit noir. Depuis les années 1970, la robe noire sans col, jugée triste, tend à être remplacée par le blanc ou le costume civil.

Notre présidente Françoise signe le livre d’or et un film intitulé « Une balade au cœur du Landeron d'hier et d'aujourd'hui » (avec vues des fêtes médiévale et de la brocante) sans que nous ayons à affronter les intempéries qui sévissent dehors. Un apéritif nous est offert (chasselas et rosé de pinot noir) qui nous permet d’apprécier le niveau de qualité qu’ont atteint maintenant les vins du Landeron. Nous prenons congé de nos hôtes et nous dirigeons vers le débarcadère et son restaurant La Capitainerie pour un repas bien apprécié de tous. Bravo au Comité des loisirs. Bravo l’ami Ami pour cette journée. La bise à Ursula!

Jean-François Ducaud