Joséphine et Serge, vibrant hommage à la « Môme Piaf » et à « Jacky »

Concert au Château de Waldegg le 3 mai 2018 :

 

Que de talent et d’émotions en ce jeudi 3 mai 2018, dans le somptueux décor vraiment pas « banal à pleurer » du Château de Waldegg ! La belle salle, à grand renfort de chaises supplémentaires, est comble. En somme, presque « La Foule » !

Notre présidente, Françoise, souhaite la bienvenue au public et nous présente nos hôtes de la soirée.

Joséphine, native de Tramelan, a un fils autiste, Paul. Elle met son talent et sa renommée au service de ces handicapés en offrant son aide, son expérience et ses conseils à ces enfants et à leurs familles, pour leur permettre une vie quasi-normale. Elle a créé en ce sens « Les Ailes de l’Espoir », association jurassienne humanitaire à but non lucratif, dont le projet concernant le Maroc est en suspens pour l’instant.

Joséphine entre en scène, vêtue de la même éternelle sobre robe noire qu’Edith. Sa taille est plus proche de celle du « Grand Jacques » ou de Barbara (« la longue dame ») que de celle du moineau de Paris. Ses longs cheveux blonds tombant sur les épaules sont tout à l’inverse de la chevelure foncée, clairsemée et relevée de Piaf.

Serge Broillet, lui aussi vêtu tout de noir, prend place à la droite de Joe. Il a délaissé le piano pour trouver, dès l’âge de six ans, un contact corporel plus étroit avec son instrument de prédilection. Il a fait ses études musicales en Allemagne, enseigne dans plusieurs conservatoires et mène une carrière internationale. Bref un artiste « qui sait jouer la java », celle qui « nous rentre dans la peau par le bas par le haut » !!!

Edith Piaf et Jacques Brel, ces deux inoubliables de la Chanson française. Elle, pauvre « ombre de la rue », délaissée par sa famille mais choyée par les prostituées d’un bordel, n’a pas eu « la vie en rose ». Lui, fils d’un riche industriel belge fuyant le confort familial, se fixe un principe: « ce qui compte dans la vie, ce n’est pas la durée, c’est l’intensité ». Elle, fermement croyante, lui, « crachant au ciel encore une fois ». Des débuts difficiles en courant d’un cabaret à l’autre, avec, à l’horizon lointain, le succès, la renommée, elle Bobino, lui l’Olympia.

Moi qui ai eu la chance inouïe d’être présent dans ces deux salles pour « boire » leurs paroles, leurs gestes et leurs visages de près et savourer leur diction parfaite, je peux témoigner de l’émotion qui s’emparait du public face à leur immense présence scénique. Piaf et ses nombreuses passions amoureuses tumultueuses, Brel aimant « jusqu’à la déchirure ». Chacun brûlant la chandelle par les deux bouts : « on se croit mèche, on n’est que suif », chantait Jacques. Piaf, parolière occasionnelle de « l’Hymne à l’amour » et de « Je ne regrette rien ». Brel, parolier de toutes ses chansons. Deux interprètes d’exception à la carrière internationale. Deux vies trop courtes mais deux grandes longévités.

Reprendre quelques immenses succès de ces deux géants de la chanson française « à texte » et « non-engagée » peut paraître une gageure. Ils l’ont fait. Et de quelle manière ! Fidèle mais personnelle. Maints autres avant eux, au demeurant célèbres, s’y sont attelés avec piètre succès. Pour notre duo, ce fut un défi relevé avec brio.

D’abord un choix judicieux dans le répertoire : La Foule (adaptation d’une valse sud-américaine endiablée), l’Accordéoniste, Les amants d’un jour, Milord (merci Moustaki!) dont le refrain fut repris en chœur par le public, l’Hymne à l’amour, Non je ne regrette rien et Mon Dieu (merci au compositeur Charles Dumont que ma femme et moi avons revu lors d’un charmant concert intime), Sous le ciel de Paris, Amsterdam, Ne me quitte pas, La valse à mille temps...la la, lala, la,lala !

Une interprétation personnelle talentueuse, une belle puissance lyrique, une voix forte, bien posée, intense, expressive et passionnée. Aucune imitation (honte à Mireille Mathieu !), ses mains et ses mimiques qui racontent et dressent des portraits et des évocations justes. Puis une diction ciselée où chaque syllabe est pesée. Une gestuelle qui laisse « éclater sa joie ». Comme Brel et Piaf, Joséphine de tout son corps, de tout son cœur. Quelle expression corporelle, quelle virtuosité à l’image de son accompagnateur. Avec ses bras, ses mains, ses doigts qui partent dans tous les sens pour mieux exprimer ses sentiments. Elle nous fait « tourner la tête ».

Quelle belle complicité entre les regards échangés de ces deux « vrais tordus de la musique » pendant leur brillante interprétation des élucubrations de Vesoul, lorsque Joséphine déclare « avoir horreur de tous les flonflons, de la valse musette et de l’accordéon, on on, on on ! ». J’aurais alors aimé encourager Serge de la voix par un « chauffe Marcel ! », comme Brel l’avait adressé à son accordéoniste (Marcel Azzola) lors d’un concert mémorable. Je ne l’ai pas osé, ne voulant pas friser l’incongruité.

Merci pour ces hymnes à l’amour qui ne nous quitteront pas de sitôt, pour ces frissons dans le dos, cette larme d’émotion au coin de l’œil furtivement essuyée. Une prestation intimiste, bien loin des niaiseries débitées dans un stade de football ou d’un Concours Eurovision avec moult accessoires techniques et humains. Loin du show biz, des amplis et gesticulations ostentatoires et vulgaires surtout ... du fric.

Alors, nous crions comme les enfants émerveillés qui encouragent et félicitent le « Clown qui mange des bravos » : BRAVO, BRAVO, BRAVO !!! Merci au Cercle et à son Comité des loisirs.

 

Jean-François Ducaud

 

NB: ma femme Edith et moi avons fêté notre mariage à l’Hôtel de la Couronne à Soleure, il y a 44 ans. Devinez sur quel air nous avons dansé pour ouvrir le bal ?!..: Non, rien de rien, non je ne regrette rien !