Les vendeurs modernes
d' «indulgence»
Un des travers dont souffrait l'Eglise
occidentale, alors déjà séparée de l'Eglise
d'Orient, mais encore unifiée à la fin du Moyen-Age et
qui, entre autres causes, a conduit à la douloureuse scission
de la Réforme fut la vente des indulgences.
La société
moderne, notre Suisse du vingt et unième siècle elle
aussi, sensées dépasser les turpitudes de cette ère
sombre toute imprégnée de superstition, retrouvent
progressivement les deux aspects principaux de cette suprême
arnaque, d'un côté « la recherche du bien pour
un autre » et de l'autre « l'intérêt
financier » pour le vendeur. En effet, même si
l'homme du vingt et unième siècle ne se fait plus
guère de soucis pour les jours, années,
siècles ou éternité qu'il serait sensé passer
au purgatoire ou en enfer en raison de ses fautes, il n'a en
réalité ni perdu la notion de faute ni l'habitude de
« s'acheter un peu une bonne
conscience ».
Le contrôle de
qualité tel qu'il est pratiqué dans nombre d'institutions
du domaine public ou privé est souvent un bon exemple de ce
type de déviance. Prenons l'exemple du domaine public. Les
politiciens qui doivent « donner l'impression »
de contrôler les entreprises et administrations publiques, qui
veulent donc avoir bonne conscience, chargent des organisations
à but fortement lucratif de faire travailler les employés
de l'institution à documenter certains aspects souvent pas
trop dérangeants mais facilement mesurables d'une
activité. L'organisateur du contrôle de qualité se
remplit les poches, le politicien peut amener la preuve d'avoir
rempli son devoir de surveillance, les employés par leur
travail de documentation font
« pénitence » et tout peut rester
inchangé, car comme nous le savons tous, l'enfer et le
purgatoire n'existent plus ! Les contrôles financiers par
de grandes firmes de conseil font souvent presque la même
chose. La signature par certains Etats, dont le nôtre, de
traités internationaux ou de documents finaux de grandes
conférences dont personne ne respecte le contenu, la
proposition de « compenser sa propre
pollution » en achetant des droits à d'autres pays
constituent des processus de la même veine : payer un peu
mais le moins possible pour conserver le droit de ne pas
résoudre les vrais problèmes, de continuer à
pécher, de ne pas devoir mettre soi-même la main
à la pâte, de paraître préoccupé
plutôt que de l'être vraiment…Une des
caractéristiques majeures de ces systèmes
instrumentés par firme ou autre organisation
interposée est encore que celles-ci rédigent
régulièrement un rapport final qui arrive à la
conclusion récurrente que d'autres mesures au sens de
documentation systématisée, probablement aussi peu
efficaces que celles qui les ont précédé, devraient
être pratiquées dans l'année qui suit, mesures pour
lesquelles ces prestateurs de service mettent à disposition
leurs outils de travail et leurs compétences. Le cercle, non
pas celui de la qualité mais celui du profit, est presque
fermé si en plus les possesseurs ou actionnaires de la firme
de prestation de service sont les amis plus ou moins proches des
politiciens, membres de conseil d'administration ou autres
responsables qui en ont donné l'ordre. L'indulgence atteint
alors le niveau de la simonie. Rien de nouveau si ce n'est la forme
ou le cadre !
Le
moujéri