"Le Prénom", joué par la troupe du théâtre de Pérolles

 

 

Une soirée théâtrale en l’absence d’Éric, le « Monsieur-Théâtre du Cercle Romand » pendant tant d’années ! C’est presque impensable mais heureusement momentané et nous lui souhaitons un bon rétablissement. L’amphithéâtre est pres-que comble grâce au renfort bien sympathique d’élèves de la « Kanti », bien préparés pour suivre cette pièce en français. Notre présidente Françoise Barras nous fait une courte allocution bilingue pour nous présenter la troupe du Théâtre de Pérolles (Fribourg), composée de copains d’école qui partagent leur passion du théâtre depuis plus de vingt ans.

Le rideau se lève sur un salon confortable (merci Leòn pour ton canapé) où un couple d’enseignants (Elisabeth et Pierre) attend la visite d’un autre couple (Anna, incurable retardataire, et Vincent, frère d’Elisabeth et futur papa de son premier enfant) et d’un ami d’enfance célibataire un peu taciturne (Claude). Elisabeth est très affairée à la préparation de son couscous et Pierre à la recherche des clefs de la cave égarées. Une narratrice fait la présentation des protagonistes, et la mère d’Elisabeth n’a qu’une présence téléphonique. Arrivent Claude, puis Vincent et sa bouteille de « Cheval Blanc ». La soirée se présente sous les meilleurs auspices.

Vincent est prié longuement, puis sommé de dévoiler le prénom prévu pour sa future progéniture. Il tient l’assistance en haleine le plus longtemps possible, puis s’exécute par une chausse-trape : le gamin s’appellera Adolf ! Cette fourberie donne le coupd’envoi d’un carnage oratoire où chacun pérore et vitupère. L’arrivée tardive en scène d’Anna, les tentatives de conciliation de toutes parts, la métamorphose d’Adolf en Adolphe... Rien ne parvient à détendre l’atmosphère d’engueulade délibérée et réalimentée à l’envi. Vincent met encore un peu d’huile sur le feu en critiquant les parents qui affublent leurs pauvres enfants de prénoms impossibles sous prétexte d’originalité. Elisabeth et Pierre se sentent à juste titre directement visés, eux qui ont choisi Myrtille et Apollin pour les leurs. Le point d’orgue survient lorsque, l’abus de Saint-Emilion aidant, on avoue à Claude le surnom de « reine-claude » qu’on lui attribue par soupçon d’homosexualité. Celui-ci récuse l’accusation et se voit contraint, pour sa défense, d’avouer qu’il entretient une relation amoureuse de longue date avec la mère d’Elisabeth et de Vincent.Ce dernier, submergé par son œdipe, agresse physiquement le pauvre Claude en le rabrouant. Anna, dont les efforts de conciliation sont restés lettre morte, accablée par la muflerie de son goujat de mari, le plante sur place et quitte les lieux. Tout va de mal en pis et l’atmosphère devient irrespirable.

Heureusement, tout examen médical comportant une part d’incertitude, l’échographie pratiquée pendant la grossesse a été entachée d’un artéfact, et l’enfant attendu sera finalement une fille, à la grande joie de tout ce petit monde enfin réconcilié !

Bravo aux artistes qui ont visiblement pris autant de plaisir que leurs spectateurs ! Merci aux organisateurs et aussi pour l’excellent apéritif final.

 

Jean-François Ducaud